Sand, Berry

George Sand, Un coin du Berry et de la Marche

Boussac est un précipice encore plus accusé que Sainte-Sévère. Le château est encore mieux situé sur le rocs perpendiculaires qui bordent le cours de la petite Creuse. Ce castel, fort bien conservé, est un joli monument du moyen âge, et renferme des tapisseries qui mériteraient l’attention et les recherches d’un antiquaire.

J’ignore si quelque indigène s’est donné la soin de découvrir ce que représentent ou ce que signifient ces remarquables travaux ouvragés, longtemps abandonnés aux rats, ternis par les siècles, et que l’on répare maintenant à Aubusson avec succès. Sur huit larges panneaux qui remplissent deux vastes salles (affectées au local de la sous-préfecture), on voit le portait d’une femme, la même partout évidemment, jeune, mince, longue, blonde et jolie, vêtue de huit costumes différents, tous à la mode de la fin du quinzième siècle. C’est la plus piquante collection des modes patriciennes de l’époque qui subsiste peut-être en France : habit du matin, habit de chasse, habit de bal, habit de gala et de cour, etc. Les détails les plus coquets, les recherches les plus élégantes y sont minutieusement indiqués. C’est toute la vie d’une merveilleuse de ce temps-là. Ces tapisseries, d’un beau travail de haute-lisse, sont aussi une œuvre de peinture fort précieuse, et il serait à souhaiter que l’administration des beaux-arts en fit faire des copies peintes avec exactitude pour enrichir nos collections nationales si nécessaires aux travaux modernes des artistes.

Je dis des copies, parce que je ne suis pas partisan de l’accaparement un peu arbitraire, dans les capitales, des richesses d’art éparses sur sol des provinces. J’aime à voir ces monuments en leur lieu, comme un couronnement nécessaire à la physionomie historique des pays et des villes. Il faut l’air de la campagne de Grenade aux fresques de l’Alhambra. Il faut celui de Nismes à la Maison-Carrée. Il faut de même l’entourage des roches et des torrents au château féodal de Boussac ; et l’effigie des belles châtelaines est là dans son cadre naturel.

Ces tapisseries attestent une grande habileté de fabrication et un grand goût mêlés à un grand savoir naïf chez l’artiste inconnu qui en a tracé le dessin et indiqué les couleurs. Le pli, le mat et les lustrés des étoffes, la manière ce qu’on appellerait aujourd’hui le
chic dans la coupe des vêtements, le brillant des agrafes de pierreries, et jusqu’à la transparence de la gaze, y sont rendus avec une conscience et une facilité dont les outrages du temps et de l’abandon n’ont pu triompher.

Dans plusieurs de ces panneaux une belle jeune enfant, aussi longue et ténue dans son grand corsage et sa robe en gaine que la dame châtelaine, vêtue plus simplement, mais avec plus de goût peut-être, est représentée à ses côtes, lui tendant ici l’aiguière et le bassin d’or , là un panier de fleurs ou de bijoux, ailleurs l’oiseaux favori. Dans un de ces tableaux, la belle dame est assise en plaine face, et caresse de chaque  main de grandes licornes blanches qui l’encadrent comme deux supports d’armoiries. Ailleurs, ces licornes, debout, portent à ses côtés des lances avec leur étendard. Ailleurs encore, la dame est sur un trône fort riche, et il y a quelque chose d’asiatique dans les ornement de son dais et de sa parure splendide.

Mais voici ce qui a donné lieu à plus d’un commentaire : le croissant est semé à profusion sur les étendards , sur le bois des lances azur, sur les rideaux, les baldaquins et tous les accessoires du portrait. La licorne et le croissant sont les attributs gigantesques de cette créature fine, calme et charmante. Or, voici la tradition.

Ces tapisseries viennent, on l’affirme de la tour de Bourganeuf, où elles décoraient l’appartement du malheureux Zizime; il en aurait fait présent au seigneur de Boussac, Pierre d’Aubusson, lorsqu’il quitta la prison pour aller mourir empoisonnée par Alexandre VI. On a longtemps cru que ces tapisseries étaient turques. On a reconnu récemment qu’elles avaient été fabriquées à Aubusson, où on les répare maintenant. Selon les uns, le portrait de cette belle serait celui d’une esclave adorée dont Zizime aurait été forcé de se séparer en fuyant à Rhodes; selon un des nos amis qui est, en même temps, une des illustrations de notre province, ce serait le portait d’une dame de Blanchefort, nièce de Pierre d’Aubusson, qui aurait inspiré à Zizime une passion assez vive, mais qui aurait échoué dans la tentative de convertir le serait d’une politique tout à fait conforme à l’esprit jésuitique. Si je ne craignais d’impatienter mon lecteur, je lui dirait tout ce que je vois dans le rapprochement ou l’éloignements des licornes (symboles de virginité farouche, comme on sait) de la figure principale. La dame, gardée d’abord par ces deux animaux terribles, se montre peu à peu placée sous leur défense, à mesure que les croissants et le pavillon turc lui sont amenés par eux. Le vase et l’aiguière qu’on lui présente ensuite ne sont-ils pas destinés au baptême que l’infidèle recevra de ses blanches mains ? Et, lorsqu’elle s’assied sur le trône avec une sorte de turban royal au front, n’est-elle pas la promesse d’hyménée, la gage de l’appui qu’on assurait à Zizime pour lui faire recouvrer son trône, s’il embrassait le christianisme, et s’il consentait à marcher contre les Turcs à la tête d’une armée chrétienne ? Peut-être aussi cette beauté est-elle la personnification de la France. Cependant, c’est un portait, une portrait toujours identique, et malgré ses diverses attitudes et ses divers ajustements. Je ne demanderais, maintenant que je suis sur la trace de cette explication, qu’un quart héros musulman au christianisme. Cette dernière version est acceptable, et voici comment j’expliquerais le fait : lesdites d’heures d’examen nouveau desdites tentures pour trouver, dans le commentaire des détails que ma mémoire omet ou amplifie à mon insu, une solution tout aussi absurde qu’on tentures, au lieu d’être apportées d’Orient et léguées par Zizime à Pierre d’Aubusson, auraient été fabriquées à Aubusson par l’ordre de ce dernier, et offertes à Zizime en présent pour décorer les murs de sa prison, d’où elles seraient revenues, comme une héritage naturel, prendre place au châteaux de Boussac. Pierre d’Aubusson, grand maître de Rhodes, était très-porté pour la religion, comme chacun sait (ce qui ne l’empêcha pas de trahir d’une manière infâme la confiance de Bajazet); on sait aussi qu’il fit des grandes tentatives pour lui faire abandonner la foi de ses pères. Peut-être espéra-t-il que son amour pour la demoiselle de Blanchefort opérerait ce miracle. Peut-être lui envoya-t-il la représentation répétée de cette jeune beauté dans toutes les séductions de sa parure, et entourée du croissant en signe d’union future avec l’infidèle, s’il consentait au baptême. Placer ainsi sous les yeux d’un prisonnier, d’un prince musulman privé de femmes, l’image de l’objet désiré, pour l’amener à la foi, pourrait l’attendre d’un antiquaire de profession.

Car, après tout, le croissant n’a rien d’essentiellement turc, et on le trouve sur les écussons d’une foule de familles nobles en France. La famille des Villelune , aujourd’hui éteinte, et qui a possédé grand nombre de fiefs en Berry, avait des croissants pour blason. Ainsi nous avons cherché, et il reste à trouver : c’est le dernier mot à des questions bien plus graves.
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Boussac ist eine noch ausgeprägtere Schlucht als Sainte-Sévère. Das Schloß schmiegt sich noch schöner an die lotrechten Felsen, die den Lauf der kleinen Creuse säumen. Diese Burg, recht gut erhalten, ist ein hübsches Monument des Mittelalters und verbirgt Tapisserien, welche die Aufmerksamkeit und die Nachforschungen eines Antiquitätenhändlers verdienten.


Ich weiß nicht, ob sich irgend ein Einheimischer die Mühe gemacht hat herauszufinden, was diese bemerkenswerten Arbeiten darstellen oder bedeuten, die seit langem den Ratten überlassen sind, ausgebleicht von den Jahrhunderten, und die man nun erfolgreich in Abusson restauriert. Auf acht großen Wandteppichen, die zwei weitläufige Säle füllen (bestimmt als Räume für die Unterpräfektur), sieht man das Porträt einer Frau, offensichtlich überall die gleiche, jung, schlank, hochgewachsen, blond und hübsch, bekleidet mit acht unterschiedlichen Gewändern, alle im Stil des ausgehenden 15. Jahrhunderts. Es ist vielleicht die reizvollste Sammlung aristokratischer Mode dieser Epoche, die noch in Frankreich vorhanden ist: Kleidung für den Morgen, für die Jagd, für den Tanz, für Feste und den Hof etc. Die gefälligsten Einzelheiten, die elegantesten Künsteleien sind dort sorgfältig angedeutet. Es ist das ganze Leben einer wundervollen Person jener Zeit. Diese Gobelins von hochwertiger Verarbeitung sind auch ein sehr kostbares Werk der Malerei, und es wäre zu wünschen, daß die Verwaltung der Schönen Künste exakt gemalte Kopien davon anfertigen läßt, um unsere staatlichen Sammlungen zu bereichern, die so nötig sind für die modernen Werke der Künstler.

Ich sage Kopien, weil ich kein Anhänger davon bin, einigermaßen willkürlich die über die ländlichen Provinzen verstreuten Kunstschätze in den Hauptstädten zu hamstern. Ich liebe es, diese Denkmäler an ihrem angestammten Platz zu sehen, wie eine Krönung, die notwendig ist für das historische Gesicht des Landes und der Städte. Die Fresken der Alhambra benötigen die Atmosphäre der Gefilde von Grenada. Die Maison-Carrée benötigt die (Atmospäre) von Nîmes. Ebenso braucht das feudale Schloß von Boussac die Einfassung von Felsen und Wildbächen; und das Bildnis der schönen Schloßherrinnen ist hier in seinem natürlichen Rahmen.

Diese Gobelins zeugen von einer großen Fertigkeit in der Herstellung und einem guten Geschmack, gemischt mit einem beträchtlichen  unbefangenen Wissen des unbekannten Künstlers, der ihre Muster entworfen und ihre Farben bestimmt hat. Der Faltenwurf, die Schwere und der Glanz der Stoffe, die Kunst im Zuschnitt der Kleider, die man heute den Chic nennen würde, der Glanz der Edelsteinspangen, und bis hin zur Durchsichtigkeit der Schleier werden dort mit einer Gewissenhaftigkeit und einer Gefälligkeit wiedergegeben, über die der Zahn der Zeit und der Vernachlässigung nicht triumphieren konnte.

Auf mehreren Wandteppichen ist an ihrer Seite ein schönes junges Mädchen dargestellt, ebenso hochgewachsen und zart in seinem weiten Mieder und seinem korsettartigen Kleid wie die der Schloßherrin, einfacher gekleidet, aber vielleicht geschmackvoller, während es ihr hier die Wasserkanne und die Goldschale reicht, da einen Korb mit Blumen oder Schmuck, anderswo den Lieblingsvogel. Auf einem dieser Wandteppiche sitzt die schöne Dame uns direkt gegenüber und streichelt mit jeder Hand große weiße Einhörner, welche sie einrahmen wie zwei Wappenträger. Anderswo tragen diese Einhörner an ihren Seiten aufrecht stehend Lanzen mit ihrer Standarte. Wieder anderswo sitzt die Dame auf einem sehr prachtvollen Thron, und in den Ornamenten seines Baldachins und seines prächtigen Schmuckes findet sich etwas Asiatisches.

Und folgendes hat Veranlassung zu mehr als einem Kommentar gegeben: Die Mondsichel ist im Übermaß auf den Standarten verstreut, auf dem azurblauen Holz der Lanzen, auf den Vorhängen, den Baldachinen und allen Einzelheiten des Bildes. Das Einhorn und die Mondsichel sind die riesigen Kennzeichen dieses zarten, ruhigen und charmanten Wesens. Soweit nun die Überlieferung.

Diese Tapisserien stammen, wie man behauptet, aus dem Turm von Bourganeuf, wo sie die Wohnung des unglücklichen Zizime schmückten; er soll sie dem Herrn von Boussac, Pierre d’Aubusson, zum Geschenk gemacht haben, als er das Gefängnis verlies, um, von Alexander VI. vergiftet, zu sterben. Man dachte lange Zeit, diese Tapisserien  seien türkisch. Man hat kürzlich erkannt, daß sie in Aubusson hergestellt worden sind, wo man sie jetzt restauriert. Nach Meinung einiger ist das Portrait der Schönen das einer angebeteten Sklavin, von welcher Zizime sich bei seiner Flucht von Rhodos zu trennen gezwungen war; nach Meinung eines unserer Freunde, der zugleich eine der Berühmtheiten unserer Provinz ist, handelt es sich um das Portrait einer Dame von Blanchefort, einer Nichte des Pierre d’Aubusson, die in Zizime eine recht hitzige Leidenschaft entfacht haben soll, die aber daran scheiterte, das Serail durch eine Politik zu verändern, die gänzlich mit dem jesuitischen Geist konform war. Wenn ich nicht fürchtete, meinen Leser ungeduldig zu machen, würde ich ihm alles mitteilen, was ich in der Annäherung oder Entfernung der Einhörner (Symbole unnahbarer Jungfräulichkeit, wie man sagt) von der Hauptfigur sehe. Die Dame, zuerst bewacht von diesen beiden schrecklichen Tieren, zeigt sich nach und nach unter ihrem Schutz, in dem Maße, in dem die Mondsicheln und der türkische Baldachin durch diese an sie herangebracht werden. Sind nicht die Vase und die Wasserkanne, die man ihr dann überreicht, bestimmt für die Taufe, die der Ungläubige aus ihren reinen Händen empfängt? Und als sie sich auf den Thron setzt mit einer Art königlichem Turban auf dem Haupt, ist das nicht das Versprechen der Ehe, das Pfand der Unterstützung, die man Zizime zusicherte, um seinen Thron wiederzuerlangen, wenn er sich zum Christentum bekenne und wenn er einwillige, an der Spitze einer christlichen Armee gegen die Türken zu marschieren? Ist diese Schönheit möglicherweise auch die Personifikation Frankreichs?

Es ist indessen ein Portrait, ein stets identisches Portrait, trotz seiner verschiedenen Haltungen und Ausschmückungen. Ich werde jetzt, da ich auf der Spur dieser Erklärung bin, nur ein Viertel des muselmanischen Helden für das Christentum beanspruchen. Diese letzte Version ist annehmbar,  und ich werde den Sachverhalt folgendermaßen erläutern: besagte Momente neuer Untersuchung besagter Behänge, um in den Erklärungen der Einzelheiten, die mein Gedächtnis ausläßt oder ohne mein Wissen erweitert, eine Lösung zu finden, die ebenso absurd ist, daß nämlich die Behänge, statt aus dem Orient herbeigeschafft und von Zizime an Pierre d’Aubusson
vermacht worden zu sein, in Aubusson im Auftrag des letzeren hergestellt und Zizime als Geschenk angeboten worden seien, um die Wände seines Gefängnisses zu schmücken, von wo sie zurückgekommen seien, wie eine natürliche Erbschaft , um ihren Platz im Schloß von Boussac einzunehmen. Pierre d’Aubusson, Großmeister von Rhodos, war der Religion sehr zugetan, wie jeder weiß (was ihn nicht daran hinderte, auf eine niederträchtige Weise das Vertrauen von Bajazet zu mißbrauchen); man weiß auch, daß er große Versuche unternahm, ihn dazu zu bringen, den Glauben seiner Väter aufzugeben. Vielleicht glaubte er, daß seine Liebe zur Demoiselle von Blanchefort dieses Wunder bewirken werde. Vielleicht sandte er  ihm die wiederholte Darstellung dieser jungen Schönheit in allen Verlockungen ihrer Zierde, und umgeben von Mondsicheln als Zeichen der künftigen Vereinigung mit dem Ungläubigen, wenn er der Taufe zustimmte. So plaziert unter den Augen eines Gefangenen, eines der Frauen beraubten muselmanischen Prinzen, könnte das Bild des Gegenstandes seiner Sehnsucht ihn zum Glauben bekehren, das Bild, das nun auf einen professionellen Restaurator wartet.

Denn, alles in allem, ist die Mondsichel nicht unbedingt türkisch, und man findet sie auf den Wappen einer Menge adeliger Familien in Frankreich. Die Familie der Villelune, heutzutage ausgestorben, die eine große Anzahl von Lehen in Berry besessen hat, hatte Mondsicheln im Wappen. Derart haben wir gesucht, und es bleibt noch zu finden: Das ist das letzte Wort über noch gewichtigere Fragen.
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Die Zuschreibung der Wappen zur Lyoner Familie Le Viste wurde in den Abhandlungen zu den Teppichen “La Dame à la Licorne” weitgehend übernommen, wobei die Frage ungeklärt ist, wie sie nach Boussac gekommen sind. George Sand bewegt sich hier im Legendären. Über die orientalische Herkunft der Mondsicheln und ihren romanhaften Ausflug in Liebe und Politik mokiert sie sich dann selbst. Die Teppiche wurden 1882 für 25500 Franc von der Stadt Boussac an das Musée de Cluny in Paris verkauft.